Mes premiers frissons d’envergure cosmique ont été littéraires. Un de mes amis était devenu carrément obsédé par Lovecraft, il dessinait Lovecraft, il pensait Lovecraft et s’essayait même à la prononciation de noms et de phrases impies… je pense que c’est à cette époque que j’ai découvert, tout simplement, la puissance évocatrice des mots, sous la plume de HPL bien sûr, mais finalement et surtout de Robert E. Howard, qui est celui qui m’aura le plus marqué à ce sujet (ah, les Habitants des Tombes et le Tertre Maudit) ! Car cet ami s’intéressait aussi au cercle littéraire du Maître de Providence, Clark Ashton Smith, Robert Bloch, Frank Belknap Long… Je me souviens encore de cette couverture des Editions NEO (qu’ils soient 100 fois bénis pour toutes leurs publications) de « Retour à Arkham » où on voyait HPL en démon…

Le jeu de rôle n’était pas loin. Initié par un de ses cousins, mon ami a aussitôt utilisé les règles « maison » de son cousin pour nous faire vivre une aventure dans les Contrées du Rêve. Mon personnage y était un barbare à la Conan (REH forever, déjà), et mon ami, désormais maître de jeu, lui avait fait rencontrer une belle sauvageonne rousse dénommée Tiana (et non Mo), laquelle l’a embrassé sans prévenir dès leur première rencontre. Ça m’a marqué, la preuve, je m’en souviens encore ! Intense émotion que la découverte de ce loisir qui offrait une impression de liberté quasi-totale !

Mon ami ne pouvait en rester là, et l’achat suivant qu’il demandera à ses parents bien conciliants d’effectuer sera l’Appel de Cthulhu, la mythique boite blanche.

A titre personnel, j’ai toujours eu bien du mal avec l’Appel de Cthulhu. J’admire le jeu, je reconnais sa place et son importance dans le paysage ludique d’hier et d’aujourd’hui, mais j’ai toujours été incapable d’y jouer correctement ou de le maitriser. Déjà, côté joueur, le fait d’avoir un personnage « jetable », susceptible d’être balayé au moindre coup de vent poulpique, m’interdit personnellement tout sentiment d’immersion (d’où ma préférence pour les personnages « bigger than life » à la Howard, qui survivent généralement à l’horreur à grands coups de pompes dans des tentacules de monstres). Ensuite, je me suis avéré incapable de jouer un enquêteur en jeu de rôle, je ne sais jamais quoi faire pour faire avancer l’intrigue. Et puis nos tables se sont avérées beaucoup trop indisciplinées vis-à-vis de l’atmosphère sérieuse que tentait d’insuffler le pauvre maître de jeu. En définitive nos parties devaient finalement plus à Scooby-Doo qu’au Mythe. Nous, joueurs, ça nous convenait il faut dire, c’est le MJ qui a fini par jeter l’éponge. « C’est sérieux là, on joue » reste une expression antinomique pour moi, qui n’a aucune raison d’être.

C’est pour cela que j’ai accueilli La Laverie comme une sacrée bouffée d’air frais, le Mythe y était mélangé à un humour débridé que j’ai trouvé plutôt salutaire, un mélange détonnant qui autorisait autant les situations cocasses que le sérieux des menaces. Je n’avais pourtant pas acheté l’adaptation qu’en avait fait Cubicle 7. J’ai beau n’avoir aucun problème avec l’anglais, je n’avais vraiment pas envie de me coltiner le jargon ésotérique des romans dans la langue de Shakespeare (pauvres traducteurs, au passage). Le côté mortel des héros de l’Appel de Cthulhu en plus, puisque c’était le système de règle retenu, me semblait peu convenir à l’atmosphère des romans. Et comme l’adaptation a été faite pendant ma pleine période de « rôliste zombie » (qui n’est pas finie de toute façon), son achat ne relevait pas d’une nécessité absolue ! Et puis j’avoue, honteusement, passé les deux premiers tomes, La Laverie est passée sous mon radar de geekitude. Je pensais jusqu’il y a une semaine que c’était une trilogie, et que quelqu’un sortirait bien un jour la suite… Et là j’apprends qu’il y a 8 tomes, et bientôt 9…

Ce qui m’a marqué ? Le ton, surtout. Le monde, aussi, finalement assez cohérent pour autant que je puisse en juger. Et les hommages à James Bond dans Jennifer Morgue, excellents !

ra