J’ai réussi, je ne sais comment, à éviter tous les spoilers sur Les Derniers Jedi jusqu’à présent. C’est donc avec un œil neuf que j’ai pu découvrir en DVD ce dernier opus en date. Verdict ? Ouais, bof.

Est-ce que j’en attendais quelque chose ? Pas vraiment, et j’ai eu ce que j’attendais. C’est que Star Wars, en dehors de la trilogie d’origine (1977-1983), ça n’a été que du recyclage. En permanence. Comme si toutes les thématiques avaient finalement été abordées. George Lucas avait choisi de clore la saga en 1983. Fin de l’histoire. Il a délibérément choisi de faire de l’ « autre espoir » Leia, au lieu d’en faire, comme c’était prévu dans le premier jet de l’ « Empire Contre-Attaque » concocté avec Leigh Brackett, une sœur de Luke s’entrainant à l’autre bout de la galaxie, et qui aurait dû combattre l’Empereur dans la trilogie suivante. Finalement, exit l’Empereur dès le troisième film, abandonnée la fin douce-amère prévue à l’origine pour La Revanche du Jedi, la fête chez les Ewoks « iub nub » avait apporté un point final, positif, et définitif, au récit. Lucas en avait probablement marre de Star Wars, sans parler de sa vie personnelle qui était partie en lambeaux entretemps, sa femme l’ayant quitté. Star Wars aurait pu (aurait dû ?) s’arrêter là. Kenner sort ses dernières figurines en 1985, et puis c’est le silence…

Mais non, l’intérêt du public était toujours là. Le premier signe encourageant fut la parution du jeu de rôle de West End Games en 1987. Le second signe, surtout, fut la trilogie de romans commencée avec l’Héritier de l’Empire (1991-1993), qui malgré sa médiocrité deviendra un best-seller. Dès lors vont se multiplier les romans, bandes dessinées, jeux vidéo, qui achèveront de prouver que les fans sont décidés à acheter n’importe quoi pourvu que le nom « Star Wars » y soit attaché. La saga est inscrite à jamais semble-t-il dans la conscience collective, sans pourtant se renouveler. Les péripéties se multiplient mais pourtant aucune évolution significative des personnages ne s’y produit. Ah si, ils finissent par se dire que ça va commencer à se voir, et le chien (Chewbacca) est sacrifié sur l’autel du « vous voyez bien qu’il y a des enjeux ».

Et puis viennent les préquelles honnies. George Lucas s’évertue pendant trois « films » à prouver qu’il sait toujours s’entourer de génies des effets spéciaux, mais qu’il est un directeur d’acteurs abominable et un scénariste calamiteux. Bref, il démontre au monde entier que la trilogie originale n’avait été qu’un heureux accident, et que lui-même ne comprenait désormais plus pourquoi celle-ci était devenue mythique, si jamais il l’a compris. C’est donc un enchainement de déceptions, l’une après l’autre au gré des films, sans parler du charcutage des films originaux, désormais balafrés à vie. Et le pire c’est que ça a continué à marcher auprès du grand public, décidément insatiable, et de mon point de vue, totalement incompréhensible.

Arrive Disney, dont le premier geste est de déclarer nul et non avenu tout l’univers étendu au-delà des films. Ça, c’est fait, et ce n’est pas une grande perte en ce qui me concerne. Au moins cette fois avons-nous des films qui ressemblent à des films, sans besoin de guillemets. C’est bien le minimum. Le problème vient surtout du fait qu’ils n’apportent rien à la saga. Ils n’enlèvent rien non plus, ceci dit. Ils sont inconséquents. La machine à recycler est en marche. Du familier, du familier surtout, et partout. On refait carrément le premier film (Le Réveil de la Force), on fait des préquelles sans intérêt puisqu’on en connait déjà la finalité (Rogue One, Solo), et on fait de fausses évolutions (Les Derniers Jedi). Star Wars tourne en boucle, ne cessant de se référer à la trilogie originale, en la citant sans toutefois pouvoir l’égaler.

Alors oui, sur le papier, Les Derniers Jedi semble apporter des éléments révolutionnaires. Sur le papier seulement. Attention, les SPOILERS commencent si vous n’avez toujours pas vu le film :

La Force est maintenant ambiguë, à la fois bonne et mauvaise ? Ça ne change rien au fond, Kylo Ren reste le méchant et Rey la gentille. Si la Force n’a plus de moralité (la fin de l’innocence ?), elle n’est plus qu’un banal superpouvoir, et ainsi part par la petite porte la seule originalité de cet univers. Luke a eu envie de tuer Ben ? Ça change quoi, vu qu’il a renoncé aussitôt à le faire ? Luke meurt ? Ce n’est pas comme si Rey avait besoin d’entrainement, elle semble très bien se débrouiller toute seule. Toutes ces fausses innovations sur le fond cachent difficilement le recyclage sur la forme. Comme on pouvait le craindre au vu de la bande-annonce, les « hommages » visuels, tant à l’Empire Contre-Attaque (l’attaque des walkers sur Hoth, Kylo Ren qui propose à Rey de l’aider à dominer la galaxie) qu’au retour du Jedi (la salle du trône, et même la toute dernière image), sont légion. A l’arrivée les gentils sont réunis, et tout l’univers a fait une boucle complète. Les Républicains sont à nouveau les rebelles, une poignée face à l’Empire. Comme avant, comme au bon vieux temps…

A un âge où les prouesses visuelles n’impressionnent plus personne (ce qui tenait autrefois de la magie optique sort maintenant banalement d’un ordinateur), il est triste de constater à quel point les scénarios restent vautrés dans leur banalité. Il est d’ailleurs étonnant de constater à quel point les Derniers Jedi décide de se passer de ce qui avait fait la force du Réveil de la Force, à savoir les interactions entre les nouveaux personnages, qui arrivaient à donner un peu de vie et d’énergie à l’ensemble, même si la relation ambiguë entre Rey et Kylo Ren intrigue. Là le scénario sépare les héros quasiment jusqu’à la scène finale, et ce n’est pas l’insipide Rose qui apportera une quelconque consolation à ce sujet.

Star Wars n’a plus rien à raconter, et continuera pourtant à le faire.

Notez que j’espère me tromper, mais ça n’en prend pas le chemin.

Tant que ça marche…

sp