Ce jeu de rôle, on l’aura attendu longtemps. Annoncé assez rapidement en français après sa sortie US chez West End Games, il s’est fait désirer, très longtemps, le temps apparemment de faire valider la version française par Lucasfilm. Le jour de la sortie on a mandaté l’un d’entre nous qui en a acheté… 5 exemplaires. Le lendemain, il nous tend à chacun des acheteurs fébriles le Tome Sacré tant attendu (79 francs, prix conseillé à l’époque (12€ !), les rééditions arboreront le prix de 119 francs).

Une merveille pure et simple ! Ce descendant du système utilisé auparavant pour le Ghosbusters Role-Playing Game, et qui sera appelé finalement le Système D6, s’avère simple et exaltant. Et à l’usage, je découvre quelque chose de fabuleux : je n’ai quasiment pas à tricher ! Le système est en faveur des personnages, et particulièrement reposant par rapport à celui, mortel et sans concession, de Stormbringer. Pour l’anecdote, un de nos maîtres de jeu a tenté de tuer le personnage Jedi d’un des joueurs… à coup de Chasseur TIE !! C’était clairement une tentative d’assassinat, eh bien le Jedi a certes cramé un point de Force, mais il a survécu !

Le système D6 me permet donc, libération totale, de me concentrer presque uniquement sur la narration. J’apprécie le fait que les caractéristiques soient un potentiel de dés et non une valeur fixe, j’aime lancer beaucoup de dés, mes joueurs aussi (il a fallu que je me balade sur Internet pour constater que beaucoup n’aimaient pas « les brouettes de dés »… pour ces grincheux il existe une adaptation qui permet de ne jamais lancer plus de 5 dés). J’aime la création de personnage par archétype, et qui permet VRAIMENT une création en 5 minutes, montre en main. 7 dés à répartir dans les compétences et c’est parti… Pas de point de vie à gérer, mais des états de blessures. Un bonheur à jouer, un plaisir à maîtriser.

Et ce qui s’est avéré le plus précieux pour moi au fil des ans : un univers encore pur, pas encore entaché par la médiocrité de l’univers étendu à venir, commençant par le risible Héritier de l’Empire, et bien à l’abri des préquelles honnies qui sont encore dans un lointain avenir. Une période bénie où les fans étaient encore unis dans une seule vision de l’univers.

La seconde édition du jeu apportera des innovations bienvenues, une nouvelle façon de gérer les blessures, et surtout le « dé libre », un des dés lancés qui permet des succès critiques ou bien à l’inverse, des complications. C’est mon édition préférée du jeu, la version « révisée », dite 2.5, me pique les yeux, je n’aime pas du tout le choix des couleurs utilisées.

West End Games finira par perdre la licence Star Wars au profit de Wizards of the Coast, éditeur de Dungeons & Dragons, qui adaptera l’univers à ce système, dit « D20 », avec lequel je m’avérerai très peu à l’aise. C’est la seule version à n’avoir pas eu de traduction française. C’est à présent Fantasy Flight Games qui gère la licence, avec encore un autre système à base de dés spéciaux. J’ai acheté la boîte d’initiation, qui m’est tombée des mains… donc « D6 forever ».

Qu’en est-il du système D6 d’ailleurs ? Avant de fermer, West End Games tente de le relancer une dernière fois, en tant que système « universel » sous les dénominations D6 Space, D6 Fantasy et D6 Adventures. Trop peu, trop tard. La sauce ne prend pas, et West End Games finit par « libérer » le système dans le domaine public. N’importe qui désormais peut utiliser gratuitement ce système pour ses propres jeux de rôle, ce qui a notamment motivé certains éditeurs français. Le Studio09 a ainsi traduit le système (téléchargeable gratuitement) et s’en sert pour ses jeux Campus (plutôt délirant), Tecumah Gulch (western, actuellement en financement participatif sur Ulule pour sa seconde édition), D6 Galaxies, Altro Mundo et L.A. 2045. Le 7ème Cercle l’utilise sur les gammes Z-Corps (zombies) et X-Corps (extraterrestres), et les XII Singes dans leur gammes « 6 », à savoir 6 livrets qui comprennent chacun 6 scénarios sur un thème commun (« 6 braquos », « 6 trésors légendaires »…).

 

Plus j’y pense, plus Star Wars D6 concentre encore à ce jour mes meilleurs souvenirs de maîtrise et de jeu. Si je devais un jour me contenter d’un seul et unique système de jeu, ce serait certainement celui-là.

 

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