Si on m'avait dit un jour que la meilleure adaptation avec acteurs de La Princesse de Mars d'Edgar Rice Burroughs serait une pièce de théatre, je ne l'aurais pas cru. Et pourtant il y a encore de petits miracles en ce monde, comme cette adaptation qui date de 2006, et qui a été concoctée par Steve Schroer de Hardcover Theater à Minnéapolis. La captation de la pièce a eu lieu en présence d'un public difficile au combien, des fans d'Edgar Rice Burroughs !

Cette oeuvre d'art est une véritable ode au pouvoir de suggestion du théâtre, comme quoi il ne saurait se limiter aux comédies de boulevard, ou aux drames pénibles qui lui sont généralement associés. Et pourtant, la pièce se déroule dans un décor unique, un sol d'apparence rocailleuse, trois rochers, une toile peinte en arrière plan. Les Martiens Verts, comme vous le voyez sur la pochette, sont des acteurs avec une perche sur laquelle se trouve une tête. Les Martiens rouges portent simplement, pour évoquer la couleur de peau de ce peuple, un demi-masque rouge qui laisse apparaître le bas de leur visage et leurs yeux. Les combats sont mimés, les acteurs n'ayant même pas de fausses épées à leur disposition.

L'ensemble pourrait être comique, et désastreux, mais les comédiens, contre tout attente, font passer la pilule de façon brillante, en jouant leurs personnages le plus sérieusement du monde, en "y croyant". Jami Rassmussen, qui incarne John Carter, apporte physicalité et dignité à son rôle, expliquant les événements à l'audience (comme dans le livre d'ailleurs, écrit à la première personne), et habitant véritablement son personnage. Amber Swanson est elle aussi excellente en Dejah Thoris, et sait transmettre la force de son personnage, qui ne réside pas dans ses capacités à combattre, mais à faire face à l'adversité. Tous les acteurs sont remarquables à des degrés divers. Ceux qui incarnent les Martiens Verts, par leurs gestuelles, arrivent à transmettre l'idée d'un comportement étrange sans pour autant sombrer dans le ridicule. Woola y est un personnage aussi attachant que dans le livre. La surprise vient du personnage de Sab Than. Dépourvu de caractéristique vraiment marquante dans le livre de Burroughs, l'acteur Nathaniel Churchill en fait un personnage assez fantasque, secondé par un personnage créé de toute pièce, sa seconde en quelque sorte, qui arrache quelques rires supplémentaires au public. La limite du ridicule est presque franchie lorsque pour simuler une poursuite en engins volants, les comédiens s'équipent de perches qu'ils tiennent à l'horizontale, avec leur vaisseau accroché au bout du bâton. Mais une fois la surprise passée, on accepte même cette trouvaille scénique unique en son genre !

Au chapitre des changements par rapport au livre, le personnage de Sarkoja, la Martienne Verte antagoniste, n'apparaît pas. La relation père/fille entre Tars Tarkas et Sola n'est pas évoquée. A cause d'elle dans le livre, Tars Tarkas tuait Tal Hajus, son supérieur dans la tribu des Tharks, et devenait leur leader. Dans la pièce, Tars Tarkas défie le chef de la tribu rivale des Warhoons, le tue (indirectement on va dire) et devient le chef des Warhoons, unissant de fait les Tharks et les Warhoons. Il défie ensuite Tal Hajus ensuite et le tue, devenant ainsi le chef incontesté des deux tribus. Kantos Kan, de son côté, comme dans le livre, promet à John Carter de tuer Sab Than pour que Carter puisse épouser Dejah Thoris, mais dans la pièce, il tient sa promesse ! Dans le livre, Kantos Kan sera emprisonné par les Zodangiens et Sab Than est tué par on ne sait qui durant la bataille finale. Et de fait, Kantos Kan devient Jeddak (chef) de Zodanga parce qu'il a tué son ancien souverain ! Sous son règne bienveillant, Zodanga rejoint la communauté formée à présent par les hommes rouges et les hommes verts. En fait Steve Schroer donne ici une sorte de dénouement à l'histoire comme celle du troisième tome, où tous les peuples finissent unis. Mais le changement le plus choquant sans doute pour les oreilles d'un puriste de Burroughs est d'entendre le père de Dejah nommé Tardos Kosis ! Dans le roman, le père de Dejah est Mors Kajak, son grand-père est Tardos Mors, et Than Kosis est le père de Sab Than !

La fin douce-amère du roman est respectée. Carter revient sur Terre pour dix ans, ne sachant pas si Dejah Thoris et son fils ont survécu.

La vision de cette pièce est une expérience impressionnante pour quelqu'un qui comme moi n'a pas grand intérêt pour l'art du théâtre. Elle a révélé en moi toute une capacité de suspension d'incrédulité dont je ne soupçonnais même pas l'existence. Elle démontre en tout cas qu'une adaptation directe des écrits d'Edgar Rice Burroughs est non seulement viable, mais souhaitable !

Si vous êtes intéressés et que vous voulez commander ce DVD dézonné, malheureusement tout en anglais bien sûr, il faut contacter Steve Schroer à cette adresse mail : buttonmolder@gmail.com . Pour 24$ envoyés par Paypal à cette adresse (20$ pour le DVD+4$ de frais de port), il vous adressera le disque dans un carton rigide, avec une jaquette arrière et une couverture (comme vous pourrez le voir sur la photo ci-dessous). Il vous restera à vous procurer un boitier CD pour les y insérer. Pour avoir le boitier avec, les frais de port grimpent à 15$ (donc un total de 35$). J'ai envoyé l'argent pour ma part lundi 3 décembre, et je l'ai reçu aujourd'hui samedi 8 décembre, donc la livraison a été super rapide ! Outre le spectacle qui fait 1h23, le DVD contient une entrevue avec les acteurs d'une vingtaine de minutes, et une bande-annonce du spectacle.

A Princess of Mars Hardcover Theater