Je ne sais pas pourquoi, j'étais convaincu d'avoir déjà écrit un message sur le blog concernant ce film. De toute évidence ce n'était pas le cas. Et c'est un peu une honte, car 36:15 Code Père Noël est un de mes films préférés. Sorti en 1989, j'avais fait à l'époque comme trop de monde, je n'avais pas été le voir en salles, malgré le critique dithyrambique que j'avais lue dans l'Ecran Fantastique. De nombreuses déceptions m'avaient rendu pour le moins méfiants à l'égard des critiques de cinéma, or en cette occasion, ils avaient raison !

Je vis le film donc quelques années plus tard à la télévision (sur Canal+ sans doute), et ce fut le choc. Ce film était tout simplement grandiose ! L'histoire pourrait faire partie de la série "Maman, j'ai râté l'avion", sorti en 1990, à tel point qu'il fut question que René Manzor attaque en justice les producteurs de ce film pour plagiat. Un jeune garçon, (joué par Alain Musy, en fait Alain Lalanne, le fils du réalisateur René Manzor, qui s'appelle en vrai bien entendu René Lalanne), petit génie par ailleurs, est seul chez lui dans un vrai château le soir du réveillon, avec son grand-père à moitié grabataire, joué par Louis Ducreux, sa mère, jouée par Brigitte Fossey, travaillant dans un grand magasin ce soir-là. Un sans-abri à l'esprit visiblement dérange, incarné, et le mot n'est pas trop faible, par Patrick Floersheim, qui vient de se faire virer de son emploi de Père Noël, obtient l'adresse du jeune garçon, et dans son costume de Père Noël débarque chez lui.

Le premier geste du Père Noël malade est de tuer le chien, on n'est pas dans "Maman j'ai râté l'avion", et c'est sans doute une des raisons de l'échec commercial de cet OVNI du cinéma. Impossible de le "vendre" à qui que ce soit. Les enfants ne peuvent pas le voir, trop intense, les amateurs de film d'horreur le trouveront trop timoré sans doute... Le film a son propre ton, bien à lui, unique. Il mêle le sérieux de la situation avec des pièges et des situations improbables, et tout repose finalement sur la présence incroyable du jeune Alain Musy. Il aurait pu facilement devenir horripilant de par son côté "petit génie", mais il attire irrémédiablement la sympathie, car lui vit "sérieusement" les choses. On souffre avec lui, on a peur avec lui pour la vie de son grand-père. L'identification est totale, et il n'y a aucune place dans ce film pour le cynisme et le second degré.

Alors que les maladresses du précédent long-métrage de René Manzor, le Passage, rendaient celui-ci difficile à apprécier pour moi (on retient plus généralement de celui-ci la sublime chanson de Francis Lalanne, et son plus grand succès sans doute, "on se retrouvera"), la mise en scène de 36:15 Code Père Noël démontre une maîtrise impressionnante de la mise en scène, et ce de bout en bout, un état de grâce encore renforcé par la musique magnifique de Jean-Félix Lalanne, mêlant les synthés avec de la musique traditionnelle de Noël. La photographie est magnifique, et le cadrage ne rate aucune occasion d' "iconiser" le jeune Thomas, filmé comme pourrait l'être son héros, celui qui l'inspire visiblement durant tout le film, Rambo.

Car bien plus qu'une simple confrontation bébête entre un enfant et un psychopathe, ce dont traite réellement le film au second degré est un thème qui m'est cher, la perte de l'innocence. Thomas sera convaincu tout au long du film qu'il affronte réellement le Père Noël, et la résolution de ce conflit ne le laissera pas indemne. Le Père Noël incarné par Patrick Floersheim, de façon assez magistrale car son personnage est mutique, a aussi sa part d'innocence, même si celle-ci relève plus de la folie. La chanson douce-amère de fin, "Merry Christmas", chantée par Bonnie Tyler, est à cet égard des plus explicites. Elle clôture un grand film.

Apparemment, le film est rédécouvert par les Américains et est sorti ces jours-ci aux Etats-Unis dans quelques salles enthousiastes ! S'il pouvait atteindre son statut mérité de film culte, ce ne serait que justice, même après tout ce temps.

Scandaleusement introuvable en France (il m'a fallu acheter un DVD en Italie pour l'avoir, apparemment il y a eut un combo DVD/Blu-Ray disponible à un moment donné en édition limitée, mais il semble ne plus l'être depuis), voilà un film à découvrir ou à redécouvrir d'urgence, par tout support à votre convenance, et de préférence légal si possible, bien entendu.

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